Publié dans Chronique

Quand la nuit devient jour

🌛☁☀RĂ©sumĂ© ☀☁🌜

« On m’a demandĂ© un jour de dĂ©finir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une Ă©pine dans le pied, dĂ©crire l’Ă©chauffement d’une brĂ»lure, parler des nƓuds dans mon estomac quand j’ai trop mangĂ©, de l’Ă©lancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intĂ©rieur et qui me fait mal au-delĂ  de toute souffrance que je connais dĂ©jĂ .

La dépression. Ma faiblesse.

Le combat que je mĂšne contre moi-mĂȘme est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la mĂ©decine, mĂȘme l’amour des miens a Ă©chouĂ©. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le dĂ©but.

J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois. Le 6 avril 2016. »

🌛☁☀ Mon avis ☀☁🌜

Un grand merci aux Ă©ditions J’ai Lu pour m’avoir fait parvenir ce livre qui m’intriguait depuis sa sortie en grand format.

Sophie Jomain, je la connais Ă  travers tant d’autres ouvrages, Ă  savoir Les Ă©toiles de Noss Head, saga avec laquelle je l’ai dĂ©couverte, Pamphlet contre un vampire, Felicity Atcock, Cherche jeune femme avisĂ©e et D’un commun accord, qui sont tous autant de romans et d’univers que j’ai bien plus qu’apprĂ©ciĂ©s, c’est pourquoi je la considĂšre comme une valeur sure.

Mais j’avoue que lĂ , pour celui-lĂ , j’Ă©tais curieuse. Parce que c’est un livre un peu diffĂ©rent de ceux que j’avais pu lire d’elle auparavant, parce qu’il aborde des sujets un peu dĂ©licats tels que la dĂ©pression, le mal ĂȘtre, l’auto destruction, l’euthanasie volontaire assistĂ©e, et aussi parce que ces sujets me touchent personnellement…

J’avais un peu peur aussi. Vis Ă  vis du contenu, peur que les mots employĂ©s ne sonnent pas justes, mais aussi vis Ă  vis de moi-mĂȘme, peur d’y retrouver quelque chose qui me rappelait trop la rĂ©alitĂ©, peur que ce ne soit pas le bon moment pour le lire, peur que ça me fasse culpabiliser et qu’au final ça ne fasse plus de mal que de bien…

*Shame* J’aurais dĂ» le savoir que je pouvais faire confiance Ă  Sophie !

La semaine derniĂšre, j’ai eu la chance d’ĂȘtre invitĂ©e par les Ă©ditions J’ai Lu Ă  un petit dĂ©jeuner pour cĂ©lĂ©brer leur 60Ăšme anniversaire 🎂, et j’ai pu y croiser l’autrice et en discuter un peu avec elle. Je lui ai parlĂ© de mes craintes, et au final, elle m’a rassurĂ©e et je me suis plongĂ© la tĂȘte dedans. Et en plus j’ai eu droit Ă  une dĂ©dicace en bonus hĂ©hĂ© ! 😉 De simples mots, mais quand j’ouvre le livre et que mes yeux tombent dessus, ça me rappelle ce moment, cet Ă©change, et ça me fait du bien. Sophie si tu passes par lĂ , merci de m’avoir Ă©coutĂ©e, merci pour ta douceur et ta gentillesse. ❀

Alors, on en parle de ce livre ? 😉

Comme toujours avec Sophie, j’ai passĂ© un super moment, je n’ai pas vu le temps ni les pages dĂ©filer. Je me suis sentie trĂšs proche de Camille, de ses moments de doutes, de honte, de culpabilitĂ©, de ses questionnements, de ce sentiment de ne pas ĂȘtre Ă  sa place… C’est un personnage que j’ai trouvĂ© trĂšs crĂ©dible, presque rĂ©el, j’avais envie de la prendre dans mes bras, de la rassurer et de lui dire « Ă‡a va aller, je comprends « . AuprĂšs d’elle je me suis sentie un peu moins seule…

Et ça va peut-ĂȘtre vous sembler Ă©trange mais j’ai beaucoup aimĂ© le conflit avec ses parents, parce que ça met en avant cette incomprĂ©hension de la plupart des gens face Ă  ces sujets-lĂ , une certaine intolĂ©rance mĂȘme parfois, et ça montre que justement, quand on est proche d’une personne, on ne comprend pas toujours les raisons de sa dĂ©pression/son choix d’euthanasie volontaire assistĂ©e, on cherche une explication logique, mais on ne peut pas vraiment expliquer la souffrance…

Du reste, il a raison, j’ai eu l’enfance qu’il soupçonne : idĂ©ale aux yeux des hommes. De l’amour, de la tendresse, des jeux… Mais le vide en moi s’Ă©tirait chaque jour davantage. J’Ă©tais comme Ă©trangĂšre Ă  ce monde, Ă  ce qui m’entourait, perdue quelque part, cachĂ©e dans un corps qui me semblait ne pas ĂȘtre le mien. Aux questions innocentes sur l’existence, sont venues se greffer de vĂ©ritables rĂ©flexions. Pourquoi Ă©tais-je nĂ©e ? A quoi servais-je ? Quel Ă©tait le but de la vie si tout avait une fin ? Se lever, manger, travailler, dormir, cent fois, mille fois, dix mille fois, et mourir un jour. A quoi bon ? Il m’arrivait d’espĂ©rer que la Terre disparaisse. Qu’il n’y ait plus rien. Parce que je n’Ă©tais rien. Je dĂ©testais vivre.

Ce que j’ai vraiment aimĂ©, c’est que Sophie aborde ces thĂšmes-lĂ  en ayant pris le temps de recueillir divers tĂ©moignages et essayĂ© de comprendre cet Ă©tat d’esprit, cette maladie invisible, et SURTOUT qu’elle ait rĂ©ussi Ă  retranscrire tout ça sans porter de jugement !

Parce qu’ils ne sont jamais loin, ceux qui nous font la morale et prĂ©tendent que c’est un manque de volontĂ©, que « quand on veut, on peut « … Grrr que cette phrase m’Ă©nerve ! 😡 Ça sert Ă  quoi de dire ça, Ă  part faire encore plus culpabiliser les gens ?! Croyez-moi, les personnes dans cette situation sont dĂ©jĂ  bien assez critiques envers elles-mĂȘmes, pas besoin d’en rajouter une louche. Je croirais en entendre certains, selon lesquels vu que j’ai trente ans, je ne devrais plus pleurer… Donc, chers gens que je ne nommerais pas, pardonnez-moi d’ĂȘtre triste parce que je suis handicapĂ©e, parce que je ne peux plus courir, ni faire de vĂ©lo ou autres sports de ce genre, ni mettre de jolies chaussures Ă  talons, ni mĂȘme avoir d’enfant, pardonnez-moi d’ĂȘtre blasĂ©e lorsque quand j’ose (et je n’ose pas souvent) demander aux gens de passer devant eux, parce que j’ai mal et que je suis prioritaire, on me dĂ©visage, et on me regarde de haut en bas, l’air de dire « mais t’es jeune et t’es debout  » (handicap ne veut pas dire fauteuil roulant, merci), pardonnez-moi d’ĂȘtre amĂšre de m’ĂȘtre faite virĂ©e de mon travail Ă  cause de ça, et de ne plus pouvoir exercer Ă  un poste de ce genre, pardonnez-moi d’ĂȘtre dĂ©couragĂ©e de me dire que les Ă©tudes que j’ai faites ne me serviront au final Ă  rien, et de me dire que ce que j’ai fait jusqu’Ă  maintenant a Ă©tĂ© inutile puisqu’il faut que je reparte de zĂ©ro, pardonnez-moi d’en avoir marre de devoir rester Ă  la maison depuis trois ans, d’avoir chaque jour un peu plus l’impression de tourner dans un bocal, et de me sentir de plus en plus inutile. Aaah, si seulement j’avais un peu de volontĂ©… 😠 OUI, je SAIS qu’il y a pire que moi, mais merde Ă  la fin, c’est pas parce qu’il y a pire que je n’ai plus le droit de ressentir ! Sinon, le prochain qui me dis « J’ai faim « , je lui sors une photo de gosse qui crĂšve la dalle et je lui fais bouffer par les narines, vous allez voir s’il y a pire ! Et c’est quoi ces conneries sur l’Ăąge ? Je savais pas qu’Ă  un moment donnĂ© on devenait des robots… đŸ€– Enfin bref, je m’enflamme, je sais, mais tout ça pour dire, Ă©viter de juger trop facilement quand vous ne savez pas le mal que ça peut faire…

Pour en revenir au livre, parce que c’est ça qui nous intĂ©resse, je conclurais juste en disant que Sophie Jomain a su me toucher au plus profond de mon coeur. Cette autrice a une plume qui vous emporte, peu importe le genre ou le thĂšme sur lequel elle Ă©crit, elle sait toujours trouver les mots justes.

A lire si ce n’est pas dĂ©jĂ  fait.

couv16017993
Autrice : Sophie Jomain

Edition : J'ai Lu

Publication : 10 janvier 2018

Pages : 224

Prix : 6,70€

ISBN : 978-2-290-14680-4

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icÎne pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez Ă  l'aide de votre compte WordPress.com. DĂ©connexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez Ă  l'aide de votre compte Twitter. DĂ©connexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez Ă  l'aide de votre compte Facebook. DĂ©connexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez Ă  l'aide de votre compte Google+. DĂ©connexion / Changer )

Connexion Ă  %s